Depuis fin 2025, Le Fil des bons produits propose chaque semaine aux habitants de Bordeaux Bastide, des fruits et légumes frais à des prix accessibles, grâce à la revente des récoltes, surplus ou des produits hors calibres collectés auprès des producteurs locaux dans une logique d’anti-gaspillage à la source.
Pensée initialement comme une expérimentation, l’initiative portée par Yohan Hubert, fondateur de Natura Impact, en partenariat avec la SAS Bastide Niel, SOPIC et le Centre d’animation de Bastide-Queyries où se déroulent les ventes, fournit aujourd’hui entre 180 et 250 paniers chaque semaine et emploie deux intérimaires et un freelance.
Comment Le Fil des bons produits a-t-il évolué en un an, comment fonctionne-t-il aujourd’hui et quelles perspectives se dessinent pour la suite ? Yohan Hubert dresse le bilan de cette première année et nous présente les prochaines étapes du projet.
De 20 personnes à près de 300 passages par semaine
Lancée à l’automne 2025, l’initiative s’est d’abord construite avec le Centre d’animation de Bastide-Queyries. Ses animateurs, son personnel et des habitants particulièrement impliqués dans la vie du Centre ont constitué le premier noyau du Fil des bons produits et l’ont progressivement fait connaître autour d’eux. « On a commencé avec une vingtaine de personnes et environ 200 kg de fruits et légumes », se souvient Yohan Hubert.
« Aujourd’hui, Le Fil des bons produit fournit environ deux tonnes de fruits et légumes chaque semaine réparties dans 180 à 250 paniers », constate-il, avant de poursuivre : « Et c’est sans compter les habitants qui viennent acheter certains produits à l’unité. »
Des produits locaux, au rythme des saisons, des récoltes et des agriculteurs…
Depuis le lancement du Fil des bons produits, le biologiste de formation a progressivement élargi son réseau de producteurs en Nouvelle-Aquitaine autour de Guy Macia, producteur de kiwis et de pommes dans le Lot-et-Garonne et cofondateur de La Compagnie Fermière, et de Chez les Gascons, distributeur de produits fermiers locaux dans les Landes.
Les approvisionnements restent directement liés aux réalités de la production agricole : « Trop chaud, trop froid, trop de pluie…, les volumes disponibles, les calibres ou les dates de récolte peuvent varier d’une semaine à l’autre », explique Yohan. « L’objectif consiste à trouver un équilibre entre les attentes des habitants et celles des producteurs, car je tiens à ce que l’habitant soit respecté dans la qualité du produit et dans son prix, et que le producteur soit respecté dans le prix et les volumes », ajoute-t-il.
Une application pour commander son panier
Pour les habitants, le centre d’animation Bastide-Queyries reste le point d’entrée.
Mais depuis quelques mois, Le Fil des bons produits dispose d’une application « qui ne stocke aucune donnée », précise Yohan, pour passer les commandes.
Chaque semaine, les habitants reçoivent un message avec un lien temporaire pour passer leurs commandes sur l’application.
L’outil sert aussi à gérer les stocks, les bons de livraison, les factures et les relations avec les producteurs qui y indiquent les quantités disponibles et les éventuels problèmes rencontrés dans leur production.
Des centaines de kilos donnés aux étudiants
L’augmentation des volumes a conduit Le Fil des bons produits à développer plusieurs débouchés solidaires.
« En fonction des aléas climatiques, je peux me retrouver avec une tonne de carottes dans le camion. Quand tu sais que t’en vends 300 kg d’habitude, c’est 700 kg en trop », explique Yohan. « J’ai donc cherché à nouer des partenariats avec des structures solidaires pour leur donner tous mes surplus », poursuit-il.
« Par chance, lors de ma présence sur le stand de BMA au Forum mondial de l’Économie sociale et solidaire (GSEF), en 2025, Nicolas Martin, directeur de l’aménagement, et Nicolas Rousset, directeur du centre d’animation de Bastide-Queyries m’ont mis en relation avec le Réseau Galas (Groupement des Acteurs locaux de l’alimentation solidaire), Linkee, association qui vient en aide aux étudiants et Vincent Chabas, directeur du site restauration du campus de Bordeaux. Selon les semaines, je peux ainsi leur orienter jusqu’à 800 kg de produits. »
Car pour Yohan Hubert, l’objectif est de limiter les pertes au maximum. « Il ne me reste jamais rien », remarque-t-il. « Même l’agence où je loue mon camion reçoit son panier. Seuls les produits devenus impropres à la consommation partent au compost. »
Un appel aux initiatives alimentaires du quartier… et à un boulanger
Yohan Hubert souhaite désormais ouvrir davantage Le Fil des bons produits aux initiatives du quartier et invite les habitants qui exercent une activité artisanale alimentaire à venir présenter leurs produits : « Je peux encourager certaines démarches, faciliter la présentation et puis, quand c’est vraiment sérieux et que ça fonctionne bien, je suis tout à fait prêt à intégrer des produits provenant d’autres partenaires. »
Certains critères demeurent néanmoins essentiels pour Yohan : « la qualité, le prix, la régularité, les conditions de production, le respect de l’environnement, la rémunération des personnes qui participent à la fabrication, mais aussi du goût et de la maturité des produits ».
Par ailleurs, pour compléter l’offre, Yohan cherche un artisan boulanger qui souhaite rejoindre la démarche.
Consolider le modèle et envisager d’autres quartiers
Le but consiste, dans un premier temps, à sécuriser un niveau de commandes suffisant, afin de donner davantage de régularité aux producteurs, tout en garantissant un service continu aux habitants.
« Bien que le modèle économique n’impose aucune adhésion ou abonnement, j’ai besoin de stabiliser les quantités pour pouvoir maintenir des prix et avoir des producteurs fidèles », explique Yohan Hubert.
Pour accompagner cette montée en puissance, Le Fil des bons produits s’appuie aujourd’hui sur deux intérimaires et un freelance, « très présents sur le terrain. Des personnes sérieuses, avec une vraie fibre sociale et le goût du contact avec les habitants », se réjouit Yohan Hubert. Dans le même esprit, les bénévoles sont également les bienvenus, y compris les jeunes qui souhaitent s’impliquer dans la vie du quartier.
Car, au-delà de son fonctionnement économique, Le Fil des bons produits, « ce n’est pas un projet commercial », insiste celui qui défend un modèle « fondé sur le partage, la confiance et les relations humaines » et dont l’ambition est de « créer une communauté de quartier autour de l’alimentation ».
Une fois cette assise consolidée à Bordeaux Bastide, le développement pourrait passer par « d’autres centres d’animation » ou par l’accompagnement de personnes souhaitant mettre en place une démarche comparable dans leur quartier. « Aujourd’hui, on a une application, un savoir-faire, des producteurs, des volumes, une philosophie, des valeurs. Ça peut se transmettre », estime-t-il.
« Mais attention », prévient Yohan : « On ne vend pas des légumes, on nourrit nos voisins ! ».
Du Fil des bons produits à la résidence EVA
Le Fil des bons produits préfigure plus largement le projet ÉVA, porté par Yohan Hubert pour SOPIC, qui réunira en pied d’immeuble une coopérative résidentielle d’achat alimentaire, ouverte aux habitants comme aux riverains, mais aussi une gamme de services mutualisés.
La série « Le Fils des bons produits »
Pour aller plus loin, regardez la série « Le Fil des bons produits » et découvrez en cinq épisodes les coulisses de l’approvisionnement, le fonctionnement et les tarifs du dispositif, le rôle du Centre d’animation Bordeaux Bastide-Queyries, et les témoignages des habitants.